vendredi 20 mai 2011

Non à la discrimination des mangas en bibliothèque !

Pourquoi cet article ? Parce que j'en ai marre de voir passer des cartons de BD commandées, sans y voir de mangas (ou très rarement).

Merci Doc Sleeve pour l'image CC
Pourtant :
  • le manga, selon Jean-Marie Bouissou (historien, spécialiste du Japon contemporain), a vocation à être un produit global en proposant beaucoup de séries propres à intéresser les clientèles les plus diverses par l'âge, le sexe et les goûts. Pour les différents types, je vous renvoie sur Wikipédia
  • "Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives (...) de l’ensemble des connaissances, des courants d’opinion et des productions éditoriales." (art. 7 de la Charte des bibliothèques, Conseil supérieur des bibliothèques)
 
Le manga est populaire (et on sait que certains bibliothécaires ont du mal avec cette notion de "populaire" : a-t-elle sa place en bibliothèque ? beh oui, cf art. 7).

Le manga est, ne l'oublions pas, une bande-dessinée, et je constate qu'il est emprunté. Certes, moins que les autres BD, mais cela est du à :
  • une mauvaise visibilité : en effet, les BD sont en vue dès qu'on passe le seuil de la porte. Pour les mangas, ils sont dans une pièce à côté, très peu fréquentée. 


En même temps, vu la configuration des lieux, difficile de faire autrement, à moins de revoir entièrement l'occupation de l'espace. Bon je sais, il faut aussi travailler la signalétique. La petite affichette avec une flèche indiquant... "quelque part vers là-bas", n'aide pas beaucoup.
  • un état d'esprit particulier :  
    • on adoooore les BD, et on prend soin d'avoir les séries complètes ;
    • quant aux mangas... on n'en lit pas et on achète juste quelques oneshot et les 3-4 premiers de séries "pour faire découvrir", parce qu'il y a des séries tellement longues !... (et les autres séries BD par 20, 30 tomes ?) 

Problèmes :
  • commencer une série manga sans pouvoir la finir pousse les usagers à la frustration (moi la première) et au non-emprunt, car ils savent qu'on n'achètera pas les suivants... 
  • les pratiques de lecture du personnel qui ne lit pas de mangas (bon d'accord, on a le droit...) et une méconnaissance (voire un désintérêt) pour ce genre.

Solutions :
  • considérer le manga en tant que bande-dessinée comme les autres.
  • essayer d'en lire ne serait-ce qu'un, au moins une fois !
  • comprendre que le manga ce n'est pas oneshot d'un côté et série à 30 volumes ou plus de l'autre, il existe aussi en 2,4,6 volumes, etc.
  • accepter les propositions d'achat de ceux qui en lisent et aiment ça.
    • rôle des BDP pour alimenter les petites bibliothèques en mangas. D'après ce que j'ai pu remarquer dans 2-3 petites structures, les BDP achètent des mangas en série complète, et les prêtent en série complète. Cela permet donc de lire un titre en entier, sans être frustré ! J'utilise d'ailleurs avec joie la bibliothèque de mon bled pour écumer les rayons de mangas :-)
    • se servir d'internet pour nous aider dans les choix. 

    Exemple : Manga-news

    Le site permet de faire une recherche :
         - directement par série complète  (l'argument du nombre de volumes trop important ne tient plus ! :-) )
         - par type et genre (ce qui permet de diversifier les choix pour tous les publics, pour tous les goûts)
         - par notes de la rédaction.

    En mettant le site dans la barre personnalisée de son navigateur, on peut y accéder en un clic et ainsi vérifier la complétude d'une série ! 
     

    Donc voilà, tout ça pour dire que j'aime le manga, et que je n'accepte pas la (non-)place qui peut lui être faite dans certaines bibliothèques. D'autres sont géniales en terme de collection de mangas, il faut quand même le dire (et me manquent !).




    5 commentaires:

    1. Ballet Vincent24 mai 2011 à 20:30

      Bonjour

      Je travaille en BDP et je m'occupe de l'achat des mangas.

      Je suis tout a fait d'accord avec vous concernant votre article et je me bats quotidiennement dans mon département (La Charente Maritime) pour imposer le manga dans les bibliothèques municipales.

      Avec plus de 300 séries dans mes fonds et les formations que je donne , je suis arrivé à casser pas mal de préjugés et à convertir bon nombre de collègues grâce à de bonnes séries comme Une Sacrée Mamie ou Les Gouttes de Dieu.

      Les résultats commençent à se faire sentir, je suis constamment en rupture de stocks tant la demande des BM devient importante. Elles ont des lecteurs.

      aucune raison de faire la distinction entre mangas et BD.

      le manga pour les gamins (Shojo et Shonen) semble s'imposer sans trop de problèmes mais la bataille que je mène surtout en ce moment est celle des adultes et notamment des lecteurs de BD qui n'arrivent pas à franchir le pas entre les deux genres.

      cordialement

      Vincent Ballet

      RépondreSupprimer
    2. Votre commentaire me fait très plaisir, et me fait dire que la situation n'est peut-être pas si désespérée, avec des passionnés comme vous ! :-)

      Il me semble que certains collègues ont eu une formation sur les mangas (j'ai vu un doc récapitulatif passé), mais quand l'intérêt n'est pas là, et n'a pas réussi à être suscité, que reste-t-il... Et quand on écoute passivement et tourne la page une fois la formation achevée, ce n'est pas forcément la bonne attitude à avoir...

      Oui pour les jeunes, le manga pas de soucis, ça sort bien. Quant aux adultes, que ce soit homme ou femme, ça sort aussi, mais il est vrai que le amateurs de BD adulte un peu plus âgé (je dirais passée la quarantaine en gros) ne se tournent pas vers les mangas. Après, peut-on leur en vouloir ? Les lecteurs de polars qui ne lisent rien d'autres, on les laisse tranquilles.

      Ca pourrait être intéressant de travailler avec les amateurs adultes de mangas, pour qu'ils nous aident à les valoriser (en faisant davantage de demandes auprès des bibliothécaires, pour qu'ils se rendent compte qu'il y a un réel intérêt, en en faisant découvrir à d'autres usagers, je ne sais pas encore comment, mais à réfléchir...).

      On ne peut pas plaire à tout le monde, on ne peut pas forcer les gens à aimer, mais dire qu'on n'aime pas alors qu'on n'a pas essayé ne me convient pas.

      En tout cas, arriver à "décomplexer" certains comme vous le faites est déjà une excellente chose ! Un grand merci pour votre implication, et ne lâchez pas !

      (J'habite dans la même région, mais au bout opposé ! Si je me trouve à passer dans le coin en allant en bord de mer ou autre, je passerai bien faire un petit tour dans votre BDP... :-) )

      RépondreSupprimer
    3. Bonjour et félicitations pour ce billet "d'humeur" qui a le mérite de rappeler quelques réalités et de proposer quelques pistes :)

      En tant que professionnelle "spécialisée" sur la question et en tant qu'intervenante sur le sujet, j'ai encore régulièrement l'occasion de constater que même si les choses avancent, il y a encore du boulot pour simplement faire connaître le manga dans sa richesse et sa diversité. On constate toujours les mêmes réticences liées aux questions de violence et de petites culottes... qui signent essentiellement une véritable méconnaissance du support. J'ai toujours le sentiment que ça revient un peu à limiter la BD à Manara ou le roman à Anaïs Nin...

      Ceci étant dit, l'affluence des inscriptions dans les formations sur le sujet montre aussi qu'il y a une vraie attente de la part des professionnels, même du côté des réticents, et j'ai tendance à trouver ça très encourageant : d'une part, ça montre bien le "professionnalisme de la profession", d'autre part, ça fait de plus en plus de bibliothécaires formés et sensibilisés au fil des années :)

      Pour ce qui est du (non)-lectorat adulte, je reste une adepte du conseil en fonction de la thématique et pas du support : si quelqu'un s'intéresse aux thrillers, je lui conseillerai par exemple "Jusqu'à ce que la mort nous sépare" ou "Eden", à quelqu'un s'intéressant aux tranches de vie contemporaines ce sera plutôt du Kiriko Nananan ou du Ebine Yamagi... Bref, c'est plus par l'entrée de ce que lisent par ailleurs ces usagers que je vais tenter de leur instiller du conseil manga :)

      Enfin ça, c'était quand j'étais encore au SP, parce que mes fonctions actuelles ne me permettent plus beaucoup de contacts avec les lecteurs, malheureusement... Même si je ne désespère pas de réussir d'ici quelques mois à remettre une ou deux plages de SP hebdomadaires dans mon planning ^^

      Bon courage à vous, donc, dans cette mission de diffusion.

      RépondreSupprimer
    4. J'en profite pour mentionner un article d'Anne dans le BBF : « Le manga en bibliothèque publique » dispo ici : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-03-0062-011 ;-)

      RépondreSupprimer
    5. Très bon article pour la diversité dans les bibliothèques, je suis tombé dessus en cherchant autre chose mais il est bien fait, bravo.

      RépondreSupprimer

    Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...